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Le
dernier souffle
Aline
fut orpheline de mère dès l'âge de cinq ans.
Le père confia donc ses deux enfants, Aline et Georges, à sa sueur Germaine
qui tenait un restaurant à Bagnolet, banlieue proche de Paris.
La tante Germaine, ayant perdu un fils, accepta avec joie de prendre en charge
le garçon, son neveu, mais prit la fille par obligation, bien qu'elle soit sa
nièce.
Très tôt, Aline devint la cendrillon du restaurant. La tante Germaine disait
que les filles n'avaient pas besoin de s'instruire, d'aller à l'école; elles
devaient prendre époux, et être de bonnes mères de famille.
Dans le cas où elles ne trouveraient pas à se marier, elles pouvaient être
bonnes à tout faire, femmes de chambre, blanchisseuses, couturières, ou filles
d'usines, mais en aucun cas elles n'avaient besoin d'instruction.
C'est ainsi qu'Aline vit, tous les jours pendant son enfance et son
adolescence, son frère Georges partir pour l'école, ensuite le collège et le
lycée, alors qu'elle restait au restaurant, afin d'aider aux basses besognes.
Ainsi
son frère fut bachelier et elle resta pratiquement illettrée.
Pourtant,
elle ne manquait de rien, portant bijoux et toilettes, car il ne fallait pas que
l'on jase dans le quartier, afin qu'Aline trouve un mari bien né.
A
sa majorité, on lui présenta un jeune homme de bonne famille se prénommant Léon
qui lui demanda sa main, et c'est ainsi qu'Aline devint femme, et heureuse d'être
enfin sortie de cette ambiance de bistro, où elle était souvent taquinée par
la clientèle masculine.
Léon
était bel homme, distingué, de bonne famille, et amoureux de sa femme.
A
croire que le bonheur n'est pas fait pour durer car, en 1914, Léon partit à la
guerre et n'en revint pas.
On
peut être au bout du rouleau pour différentes causes ou raisons, parce que
nous sommes très âgés, fatigués, plus rien ne nous intéresse, notre
carcasse nous fait mal, le moindre effort nous épuise, on s'essouffle au point
de ne pouvoir plus respirer, on n'entend plus ou presque plus, on ne voit plus,
ou presque plus, les images sont floues, petit à petit... La famille, les
enfants, voire les petits-enfants vous oublient, on vous a placé dans une
maison de retraite, c'est plus commode pour tout le monde,"la bonne
excuse" pourtant... Bien qu'on soit au bout du rouleau, on s'accroche à
cette chienne de vie; on ne se sent même plus faire pipi, on nous met des
couches, on nous trimbale du lit au fauteuil et du fauteuil au lit, comme disait
Jacques Brel... La nourriture n'a plus de goût; si encore on pouvait voir la
nature, voir évoluer les oiseaux, les entendre chanter, entendre aussi chanter
le vent, même par temps de tempête, voir et entendre les cliquetis des gouttes
de pluie sur les vitres et les toits, entendre encore aboyer son chien, miauler
son chat, pouvoir regarder et caresser les vieux meubles et objets qui nous
rappellent tant de vieux souvenirs, continuer à vivre dans l'environnement que
nos yeux ont vu sans le voir vraiment...
C'est
une fois déraciné de tout cela, que l'on s'aperçoit que l'on n'est pas
grand-chose sur la terre, pas plus pour ceux qui nous sont chers, que l'on a gâtés,
chouchoutés, aimés...
Que reste-il de tout cela ? Le vide, le néant qui nous attend.
On passe et au suivant, l'amour, la tendresse n'existent plus, on ressemble à
un animal, à un légume.
Pourtant
notre cœur est resté bien jeune intérieurement, on a encore envie de rire, de
chanter, de danser, et pourquoi pas d'aimer, mais on ne peut plus, notre vieille
carcasse nous rappelle à l'ordre, et nous dit de ne pas bouger, de rester là
bien tranquille, immobile dans le lit ou dans le fauteuil, alors, il ne nous
reste plus qu'à attendre, dans certains cas, la visite incertaine d'un enfant,
ou d'un petit-enfant, d'une amie ou ami, qui a pitié de nous, pauvre vieillard
!...
Quand
cette visite ne vient pas, on ne se révolte même plus. On a parfois,
seulement, un pincement au cœur et notre sensibilité étant toujours présente,
instinctivement une ou deux larmes coulent sur nos joues amaigries, fanées,
fripées, laides à nous faire peur.
Et
pourtant nous aussi nous avons été beaux, et voyez ce qui reste de nous,
lorsque nous sommes, "AU BOUT DU ROULEAU"
Madeleine,
en écrivant ces lignes, pense à elle-même, dans 10 ans, dans 15 ans, 20 ans
peut-être, si sa carcasse le veut bien, elle repense à sa chère maman, Aline
qui n'a pas attendu d'avoir 80 ans pour être immobilisée, pour aller du lit au
fauteuil et du fauteuil au lit.
L’auteur
:
Katy
Kimder est née en 1934 à Paris.
Dur, souvent poignant, son récit est authentique : elle y rapporte l'histoire
de sa mère et la sienne.
Veuve de guerre, Aline, une toute jeune femme, se remarie avec Léopold, lâche,
brutal et alcoolique. L'enfer qu'il fera subir à sa famille, Katy ne pourra
jamais l'oublier. Mais c'est sans misérabilisme qu'elle évoque la pauvreté,
les privations et surtout la formidable solidarité qui les firent tenir, elle
et ses frères, face à leur tyran de père.
De cette jeunesse volée, Katy Kimder a tiré toute sa pugnacité. Elle a
toujours refusé la résignation - car se résigner, c'est disparaître - et
s'est au contraire battue pour vivre mieux et pouvoir rendre ainsi hommage, à
titre posthume, à sa mère adorée, Aline.
Où se le
procurer ?
Chez
l’auteur : Katy Kimder, La Branchardière
61110 Bellou-sur-Huisne
Prix : 13,42 € TTC
www.promo-livre.com
Comment publier un recueil de
poésie ?
www.poesiefrancophone.com/votre_recueil.htm